Alors c’était ça, hein. Un piège. Toute cette mission n’avait été qu’un piège de Millenium pour attirer des membres de Hellsing et les tuer.
Le chaos que leur petit jeu avait entraîné était le bonus, bien sûr: un moine dans un cercueil, un prêtre que l’on tue à petit feu, des villageois terrifiés, des moines prêts à s’entretuer pour chasser le « mal » qu’ils imaginent être en l'un des leurs.
Millenium était bon, ils étaient intelligents et diaboliques. Willie eut un sourire inquiétant.
Elles, elles n’étaient pas mal non plus.
- Charon, je crois que nous ne trouverons pas ici le moine qui m’a bousculé tout à l’heure. Il est temps de faire un raid jusqu’à la pharmacie de cet hospice, dit Willie avec un sourire énigmatique.
Charon leva le sourcil qui n’était pas caché par sa mèche de cheveux mais elle ne dit rien, elle devait sûrement s’habituer à l’attitude de Willie.
Willie sentait à présent l’excitation la gagner. Les ennemis étaient identifiés, proches et dangereux. Un sourire sournois retroussait légèrement les lèvres pâles de la jeune alchimiste. Elle marchait à grands pas dans les couloirs du monastère, sa longue robe ample tourbillonnait derrière elle, l'air écartait les cheveux de sa frange pour découvrir ses yeux gris où une lueur malsaine brillait. Le genre de regard qu’elle avait avant une bagarre, avant les dissections ou pendant qu'elle était droguée.
- On va faire payer à Millenium ce lustre qui, je suis sûre, était d’une grande valeur pour ces pauvres moines, dit-elle avec une ironie féroce perceptible dans sa voix douce et calme.
Les deux jeunes femmes pénétrèrent dans la grande pièce où le père O’Bryan luttait contre le poison. Willie et Charon s'arrêtèrent devant son lit dont les rideaux avaient été tirés. Willie écarta un rideau dans un geste brusque et nerveux. Charon sursauta légèrement.
- Oh, son état s’est aggravé, dit la jeune louve.
Les draps étaient trempés et sales, le visage méconnaissable était creusé, les yeux avaient viré au même gris opaque que l’on voit chez les aveugles. Il se décomposait vivant.
- Hum.
Etait-ce vraiment important que cet homme vive ? Personne n’est indispensable sur terre, tout le monde est seul.
Integra avait spécifié qu’il fallait stopper les actes étranges, pas qu’il fallait sauver le prêtre.
Le regard de Willie se fit clair.
- Bon, si ces religieux ont de la logique, leur pharmacie doit être tout près d’ici, dit Willie à Charon, de sa voix que l’on entendait à peine.
- Il y a une porte là, indiqua la louve.
Elles se dirigèrent vers le fond de la pièce, passant à côté des rangées de lits. Elles pénétrèrent dans une toute petite pièce sombre dont la seule lumière venait d’une minuscule fenêtre en ogive.
Sur des étagères, un nombre impressionnant de petites fioles étiquetées étaient couvertes de poussière. Un vieux grimoire était ouvert sur une table à la page des poisons. Willie y jeta un regard rapide. Intéressant, mais inutile dans le cas du prêtre.
Dans une armoire vitrée, Willie trouva ce qu’elle cherchait : un grand nombre de seringues.
- Willie, qu’est-ce que tu vas faire ? demanda Charon, intriguée.
L’alchimiste ne répondit pas.
Revenues devant le lit du prêtre, Willie s’approcha du prêtre avec un sourire doux. Elle s’assit sur les draps souillés. De sa main fine, elle caressa les chairs du visage du père O’Bryan avec douceur. Des pellicules de peau restaient collées à sa main, mais elle n’y prêtait pas attention. Son regard était compatissant.
- Je promets de vous venger, mon père. Nous ne perdrons pas.
Elle déposa un baiser sur le front mouillé.
- Vous ne mourrez pas en vain, murmura-t-elle.
L’odeur de maladie entourait Willie.
- Willie ! s’écria Charon, qui ne comprenait pas ce que faisait l’alchimiste.
Willie se releva, dégaina une seringue qu’elle remplit précautionneusement avec certains des produits qu’elle avait toujours sur elle.
- Willie ?
Elle ne prêta pas attention à Charon.
La seringue était prête. Willie la leva au-dessus d’elle, le poing fermé sur le tube de verre, puis tout à coup elle l’abattit en plein dans le cœur du prêtre. Le choc fit bondir le corps presque mort de l’ecclésiastique.
Willie s’allongea alors tout contre le prêtre, posa sa main sur son cœur presque froid.
Lorsqu’elle se releva, le père O’Bryan était mort.
Charon n’avait pas bougé. Elle regardait fixement Willie, les mâchoires serrées, une lueur féroce dans les yeux. Willie passa à côté d’elle en ignorant son regard.
Elle descendait rapidement les escaliers de pierre tout en remplissant deux seringues. Charon la rattrapa, la mine sombre.
- Pourquoi tu as fait ça ?
- Pour ne pas qu’il souffre, répondit Willie, insouciante.
- C’est faux. Tu te fiche de sa souffrance. Tu l’as tué parce que tu penses que tout le monde attend la mort comme toi.
Willie stoppa net. Elle se tourna vers Charon. Ses yeux étaient effrayants. Elle pointait une seringue pleine juste sur l’emplacement du cœur de la jeune louve.
- Tu es intelligente, Charon, dit Willie de sa voix douce et calme alors que ses yeux brillaient de colère.
Charon fit un mouvement de défense, mais aussitôt, elle sentit la seringue s’enfoncer dans son corps. Ses yeux s’écarquillèrent de surprise. Choquée, elle regarda les yeux gris de Willie, sa main blanche et fragile qui tenait la seringue vidée.
Charon sentit quelque chose de froid se répandre dans son corps.
- Désolée, Charon…
Un éclair de tristesse passa dans les yeux de Willie. Elle ne savait pas vivre avec les autres. Elle les fuyait, même si sans l’avouer elle désirait plus que tout n’être plus seule.
- Désolée, j’ai perdu mon sang froid, expliqua Willie. J’aurais dû te demander avant de t’injecter ça.
Charon sentit sa peur diminuer légèrement. Ce qui se mélangeait à son sang en cet instant ne semblait pas être le liquide qui avait tué le prêtre, finalement.
- qu’est-ce que c’est ?
- Un calmant spécialement conçu pour toi. J’ai remarqué que tu avais quelques absences quelquefois. Comme lorsque nous sommes arrivées ici la première fois, ou quand ce lustre a failli nous tuer.
- Tu avais remarqué…
- Et comme nous allons voir un moine tout de suite, et comme l’entretien sera sûrement musclé, j’ai pensé que tu aurais besoin de garder ton esprit clair. La pleine lune approche.
Charon acquiesça. Puis, sans prévenir, elle donna un coup de poing qui envoya Willie contre le mur. L ‘alchimiste se releva en s’appuyant contre la pierre.
- Je l’ai mérité, je crois, dit-elle de sa voix douce.
~
La porte s’ouvrit à la volée, faisant sursauter le gros homme en robe noire qui était assis à son bureau. Les deux filles entrèrent d’un pas assuré.
- Mon père, dit Charon, enfin nous nous rencontrons ! Nous fuyiez-vous ?
Sans attendre la réponse du supérieur, Willie se jeta sur lui, renversant le fauteuil sur lequel il était assis.
Willie s’assit sur le corps du moine allongé par terre, une jambe de chaque côté, pour ne pas qu’il tente de s’enfuir.
- Vous voyez cette seringue, mon père ? dit Willie avec un sourire de jubilation. Elle vous fera dire tout ce que vous nous cachez.
- Mais.. mais je ne vous cache rien ! se défendit faiblement le père supérieur.
- Nous allons voir ça.
- A qui est la cellule où le lustre est tombé ? questionna Charon.
- A personne !
- Comment ça ?
- C’est la cellule maudite !
Charon eut un mouvement d’impatience.
- Expliquez-vous, ordonna-t-elle.
- Elle est hantée par un esprit… certains de mes moines ont vu des ombres apparaître et disparaître de cette pièce !
~
- Mmh. Tu sais ce que je pense, Willie ? Je crois que c’est par cette pièce que Millenium entre dans le monastère pour empoisonner le père O’Bryan et pour tuer ce moine que nous avons déterré, dit Charon alors que les deux jeunes femmes sortaient du bureau. Et je crois que ce qui t’a bousculé n’était pas un moine mais le loup que Millenium a envoyé.
- Je vois que ma potion a fait de l’effet, dit Willie en souriant doucement. Nous savons ce qui nous reste à faire, pas vrai ? Tu es prête à faire combattre ce loup ?
- Je n’attends que ça !
[j'ai beaucoup fait réagir Charon, je ne sais pas si ça t'ira... Tu n'étais pas là quand j'ai écrit ce texte, alors j'ai pas pu te demander... Dis moi si qqchose ne va pas! Enormes bisous! ]